Événements

L'Invention de la Vraie Croix par l'impératrice Hélène (détail) - Giovan Battista Moro

Journées du Patrimoine de Pietracorbara
Samedi 16 septembre 2017


Découvrez une oeuvre de jeunesse
de Giovan Battista Moro,
peintre corse du XVIIIe siècle


La commune de Pietracorbara et l’association Chapelles de Pietracorbara organisent une journée spéciale découverte de Giovan Battista Moro, peintre corse du XVIIIe siècle.
Trois tableaux de ce peintre -dont deux classés- sont la propriété de la commune.

Le plus « récent » est une représentation de la Sainte-Famille (1735) ; La « Nativité en présence de saint Césaire » date, lui, de 1716. Enfin, « L’Invention de la Vraie Croix par l’impératrice Hélène » a été peint en 1707.

Ce tableau, d’une très grand finesse picturale, vient d’être restauré. Il sera montré pour la première fois à l’occasion des Journées du Patrimoine, dans l’une des chapelles de l’église Saint-Clément, dédiée à l’oeuvre du peintre.

Programme :

10h00 – 16h00 : accueil des visiteurs, présentation des œuvres de Moro dans l’église Saint-Clément en présence de Maria Teresa Donetti, restauratrice. Un livret d’explication sera remis à chaque visiteur.

16h30 : conférence sur l’Invention de la Vraie Croix, oeuvre de jeunesse de Moro par Jean-Christophe Liccia, responsable des inventaires du Patrimoine de l’association Petre Scritte.

17h30 : « Les cent jours d’une renaissance », diaporama sur la restauration de l’œuvre commenté par Maria Teresa Donetti.

Informations : 04 95 35 20 59

Illustration : détail de la restauration de « L’Invention de la Vraie Croix… ». Photo Michel-Edouard Nigaglioni

En savoir plus :

1°) 2017, l’année du Patrimoine de Pietracorbara

Trois événements font de l’année 2017 l’année Patrimoine de Pietracorbara. La publication, tout d’abord, de l’Inventaire du patrimoine de Pietracorbara réalisé par l’association Petre Scritte. Il s’agit d’un travail pluridisciplinaire traitant de l’architecture traditionnelle, des œuvres d’art, des objets cultuels existant dans la commune. Ces recherches se traduisent par le dépôt, en mairie, d’un document exhautif sur le patrimoine corbarais et la publication d’un ouvrage de référence qui s’inscrit dans la collection des dix-huit inventaires –Pietracorbara est le neuvième réalisé – pour chacune des communes du Cap Corse.

Le deuxième événement est la restauration du tableau de Giovan’ Battista Moro, peintre corse du XVIIIe siècle intitulé « l’Invention de la Vraie Croix par l’impératrice Hélène » peint en 1707. Ce tableau, classé en 1981 à l’inventaire des monuments historiques en raison de sa grande valeur picturale, a été entièrement restauré par Maria Teresa Donetti entre juin et août 2017.
Giovan’ Battista Moro n’a pas seulement peint un mais trois tableaux pour Pietracorbara. Les deux autres sont « La Nativité en présence de saint Césaire » et « La Sainte famille ». Le premier date de 1716 et se trouve dans la chapelle Saint-Césaire de Cortina. Le second est de 1735. Il est placé dans l’église paroissiale. La restauration de « La Vraie Croix » est l’occasion de mettre en perspective ces trois œuvres peintes sur trois décennies.

Le troisième événement est la reconstruction de la tour d’Ampuglia – du nom historique de la marine de Pietracorbara. Elevée entre 1570 et 1580, elle faisait partie de l’ensemble défensif des 27 tours disposées le long des 92 kilomètres de côtes du Cap Corse. Reconstruite à partir de septembre 2017, la tour d’Ampuglia est un élément architectural hardi, une œuvre significative, reliant le passé au futur de la commune.

Dès lors, on retiendra que l’année 2017 est une année phare dans la valorisation du patrimoine de Pietracorbara, ce dont on ne peut que se féliciter.

Dominique Antoni
Adjoint au maire

2°) Qui est Giovan’Battista Moro ?

Giovan’ Battista Moro est un peintre corse, domicilié à Bastia où sa longue activité picturale est attestée de 1699 à 1761. La présence à Bastia de sa famille (originaire de la circonscription de l’Ampugnani, en Castagniccia) est documentée à partir de la fin du XVIe siècle.
La famille de Moro était très liée à la commune de Pietracorbara. Un Giovan‘ Battista Moro (le grand-père du peintre?) apparaît comme membre de la confrérie du Rosaire de Pietracorbara dès sa refondation, en 1685.
Giovan’ Battista Moro est l’un des meilleurs peintres de l’école bastiaise du XVIIIe siècle. Au nombre de ses œuvres les plus réussies on compte L’Annonciation, de l’église de Lucciana, signée et datée de 1720. On peut également citer L’Apparition de l’Enfant Jésus à Saint Antoine de Padoue de l’église de Figarella (Santa Maria di Lota) signée et datée de 1699 ; Saint Bruno, fondateur de l’ordre des Chartreux, recevant la règle des mains de la Vierge de l’église de Tomino, œuvre signée et datée de 1704 ; La Vierge de l’Assomption de l’église de Montemaggiore (Montegrosso) signée et datée de 1706 ; Saint Hyacinthe en prière devant la Vierge et l’Enfant de l’église du couvent dominicain de la commune de Santa Maria di Lota, œuvre signée et datée de 1730.
Moro se complaît dans le rendu de drapés, plissés et froissés, traités de façon sculpturale et déclinés dans diverses couleurs. Il joue avec la lumière et les ombres afin de dégager puissamment des volumes. Pour composer ses œuvres, il lui arrive fréquemment de s’inspirer de gravures représentant des tableaux célèbres du peintre romain Carlo Maratta (1625-1713). Moro n’a pas peint que des œuvres coûteuses car il lui arrive, comme à tous ses confrères, de réaliser de menus travaux. Ainsi en 1761, le podestat de Bastia, Francesco Maria Stefanini, commande au peintre un drapeau génois, destiné à pavoiser la place de la Chiappa les jours de marché. L’objet coûta trente soldi, toile et peinture comprises. La modicité de ce prix s’explique en raison de l’extrême simplicité du motif : une fine croix rouge sur fond blanc.

Michel-Edouard Nigaglioni
avec Jean-Christophe Liccia

3°) « L’Invention de la Vraie Croix par l’impératrice Hélène »
Histoire et renaissance d’une œuvre

Le tableau a été très probablement commandé à Moro par la Confrérie Sainte Croix —Santa Croce– des pénitents blancs de Pietracorbara dans les années 1700-17006. Le thème même de « l’Invention de la Vraie Croix » et l’emplacement de la toile, au-dessus de l’autel de la Confrérie, confortent cette hypothèse.
Quand le bâtiment, en 1977, est devenu la salle des fêtes de la commune, le tableau a été déménagé dans la chapelle du Rosaire de l’église paroissiale. Il y est resté quarante ans.

Au milieu du XIXe siècle, la toile avait subi une importante restauration, vraisemblablement en 1858, puisque cette date a été peinte au revers de l’œuvre sur la toile du rentoilage. Outre le rentoilage, destiné à remettre en tension la toile, l’œuvre a été considérablement repeinte. « Le sujet choisi – l’invention de la Vraie Croix- est très rarement traité dans la peinture Corse, écrit Michel-Edouard Nigaglioni dans sa présentation du tableau. La Vraie Croix (ou Sainte Croix), est la croix sur laquelle Jésus-Christ a été crucifié. Selon la tradition chrétienne, c’est Sainte Hélène, la mère de l’empereur romain Constantin Ier, qui aurait découvert la Croix de Jésus ainsi que celles des deux larrons, lors d’un pèlerinage en Palestine entrepris en 326. Elle est devenue dès lors une des principales reliques de la chrétienté, faisant l’objet d’une vénération particulière.

Le tableau de Pietracorbara est élégamment et magistralement composé. Vingt-deux personnages y figurent. Dans la moitié gauche : Sainte Hélène, revêtue d’un manteau impérial à mantelet d’hermine, est représentée agenouillée au premier plan, dans une attitude d’adoration. Derrière elle un caudataire noir, portant une fraise autour du cou, évoque les pages maures que l’on voit souvent figurer dans les portraits d’apparat de la noblesse génoise du XVIIe siècle. En arrière-plan est représenté un groupe de suivantes, richement vêtues.
Dans la moitié droite : la Croix qui vient d’être déterrée est redressée, entourée de divers personnages et d’angelots. »

En 2016, quand est lancée l’idée de restauration de la toile, celle-ci est dans un état très dégradé. Le 30 septembre 2016, le Conseil municipal délibère. Une restauratrice est choisie. Il s’agit de Maria Teresa Donetti. Le 6 mai 2017, dès bouclage du plan de financement et autorisation de sortie du territoire (l’œuvre est classée), la toile quitte Pietracorbara, pour l’atelier Donetti de San Remo-Bassana. Elle y restera jusqu’au 31 août.
La phase intense de restauration commence en juin. Il s’agit d’abord de nettoyer la toile centimètre par centimètre, de supprimer la crasse, les centaines de gouttes de cire qui constellent le bas du tableau, le vernis jauni mais aussi les nombreux repeints du XIXe siècle qui masquent le dessin et les coloris originaux. Seul le visage de sainte Hélène n’a pas été altéré par un repeint. Il est un indicateur précieux de l’état originel de la toile. Petit à petit les personnages reprennent vie. Ils font peau neuve et s’animent. Les angelots, aériens, sont pleins de grâce. Les dames de compagnie et tous les personnages s’activent autour de l’impératrice, imperturbable. En août d’autres opérations commencent : rapiéçage des entailles, lacunes et trous ; rentoilage ; pose d’un nouveau châssis et mise sous tension de l’ensemble ; masticage des lacunes ; réintégrations picturales ; nouveau vernis de protection. Quatre spécialistes de la restauration travaillent quotidiennement sur l’œuvre. Un suivi photographique est assuré. Il fait partie de la commande.
Le 31 août 2017, le tableau réintègre Pietracorbara, dans la chapelle du Rosaire de l’église Saint-Clément. Il a retrouvé sa taille initiale – 250 centimètres de hauteur, 196 de largeur- qui avait été modifiée lors du rentoilage de 1858.
La métamorphose est totale : chaque personnage se distingue, chaque détail est visible. Les visages, les mains vibrent ; l’encensoir, la couronne de l’impératrice ou son sceptre gagnent en couleurs et en relief. Le tableau a retrouvé sa puissance évocatrice, celle voulue par Moro en 1707.
Plus de trois siècles après sa création, l’œuvre renaît.

Photo M-E Nigaglioni

4°) L’Avant-après

Invention de la vraie croix - Avant apres
Photos Michel-Edouard Nigaglioni.

5°) A Cortina, Giovan’ Battista Moro peint la « Nativité en présence de saint Césaire »

L’œuvre de Moro trône au-dessus du maître-autel de la chapelle dédiée à saint Césaire et située au hameau de Cortina. Elle est datée et signée de 1716. On y voit saint Césaire figuré en pied, montrant du doigt l’Enfant Jésus tout juste né. Au centre de la toile, la Vierge Marie regarde l’enfant. A droite, drapé de jaune, saint Joseph observe aussi le nouveau né. Un ange est placé entre saint Césaire et la Vierge tandis qu’un bœuf, au museau allongé, regarde la scène depuis le coin inférieur -côté droit- de la composition.
Ce tableau a été restauré dans les années 1990 à l’initiative de Roccu Multedo (1918-2013), écrivain insulaire installé à Cortina.

Photo M-E Nigaglioni

Giovan’ Battista Moro - Nativité en présence de saint Césaire

6°) A Saint-Clément, Moro représente la Sainte Famille avec les outils de Joseph le charpentier

Dernière œuvre (1735) de Moro à Pietracorbara. Il s’agit d’un tableau classé (2002). On y voit la Vierge Marie et l’Enfant Jésus entourés de saint Joseph et de sainte Anne. A leurs pieds, des anges jouent avec les outils de menuisier de saint Joseph.
Cette toile a été restaurée en 2001. Elle a figuré dans l’exposition Corsica Christiana du musée de la Corse à Corte.
Photo M-E Nigaglioni

Moro - La Sainte Famille

7°) L’église Saint-Clément

L’église paroissiale de Pietracorbara pourrait dater du début du XVIe siècle.
Elle remplace, à cette époque, l’église Saint-Césaire comme paroisse. Jusqu’en 1585 les habitants des hameaux du haut de la vallée contestent cette décision qui finira par s’imposer. En 1646 l’édifice ne compte que deux chapelles latérales (elles sont au nombre de six aujourd’hui). Tout au long du XVIIIe et du XIXe siècle l’église connaît des aménagements et des restaurations. L’actuelle façade date de 1829. En 1846 on répare la voûte et le toit. En 1892 on refait les pavés extérieurs et on nivelle la place. Les orgues sont construits en 1844. En 1905 d’importants travaux sont entrepris afin d’orner les chapelles. Mais en 1906, l’application de la loi de séparation des Églises et de l’Etat provoque de vives tensions. En mars le curé s’enferme dans l’église avec des paroissiens. Ils en sont délogés par la force. La porte est enfoncée « à coup de haches » sur ordre du percepteur et en présence du maire. Source : l’inventaire du patrimoine de Pietracorbara.
Après la Première Guerre mondiale un monument mural, en souvenir des soldats morts durant le conflit, est dressé dans l’édifice, sur le mur nord. Dans les années 1960 on repeint l’intérieur de l’église. Les fresques murales sont recouvertes. Au début du XXIe siècle la municipalité fait refaire le toit et la façade principale ainsi qu’une partie de l’installation électrique.
De son côté l’association Chapelles de Pietracorbara réalise, depuis 2009, des travaux d’entretien ou finance de menus équipements. Elle assure aussi l’animation de la paroisse avec, notamment, la confection de la couronne de l’Avent et le déploiement de la crèche de Noël.

Pietracorbara Cap Corse

La commune de Pietracorbara remercie ses partenaires :
La Collectivité Territoriale de Corse ; le Conseil départemental de la Haute-Corse ; la Fondation du Patrimoine ; l’association Petre Scritte ; l’association Chapelles de Pietracorbara.